Roadtrip sur le vieux continent

3 min. lec.
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Les lois de l’attraction, Bret Easton Ellis, 1988
Victor

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Ai passé deux jours en Suisse. Puis pris un bus de la Suisse vers l’Italie, puis fait du stop jusqu’à une ville où habitait une fille diplômée de l’école dont j’étais vaguement amoureux, mais j’avais perdu son numéro de téléphone et je n’étais même pas certain qu’elle était en Italie. Je me suis donc baladé et j’ai rencontré un mec vraiment cool, Nicola, qui avait les cheveux brillantinés coiffés en brosse, il portait des lunettes Wayfarer, aimait Springsteen et n’arrêtait pas de me demander si je l’avais déjà vu en concert. Alors je me suis senti vraiment nul d’être américain, mais seulement un moment, car un Français m’a fait monter dans sa Fiat blanche à air conditionné où il mettait Michael Jackson à fond la caisse. Me suis retrouvé dans une ville nommée Brandis, ou Blandy ou Brotto. Les gamins mangeaient des glaces, tous les cinés passaient des films de Bruce Lee, les filles me prenaient pour Rob Lowe. Mais je cherchais toujours ma copine, Jaime. Suis tombé sur quelqu’un de Camden, département d’italien, qui m’a dit que Jaime était à New York et non en Italie. Florence aussi était jolie, mais bourrée de touristes. J’ai pris trop de speed, passé trois jours sans dormir à me balader. Suis allé dans cette ville minuscule, Sienne. Ai fumé du hasch sur les marches d’une église, le Duomo. Ai rencontré un Allemand sympa dans le vieux château. Ensuite je suis allé à Milan où j’ai traîné avec des types dans une maison. Ai dormi dans un grand lit double avec l’un d’eux qui jouait sans arrêt les Smiths et qui voulait que je le branle, mais ça me disait rien. Rome était énorme, brûlante, cradingue. Ai vu beaucoup d’arts. Passé la nuit avec un type qui m’a offert à dîner, pris une longue douche chez lui, je crois que ça valait le coup. Il m’a emmené sur un pont où je crois qu’Hector a repoussé les Troyens, un truc de ce genre. J’ai passé trois jours à Rome. Puis je suis parti en Grèce ; j’ai mis une journée à rejoindre le port de départ du ferry. Le ferry m’a déposé à Corfou. Ai loué une moto à Corfou. Perdu la moto. Pris un autre ferry pour aller à Patras puis à Athènes. Appelé une amie à New York qui m’a assuré que Jaime n’était pas à New York mais à Berlin, et elle m’a donné le numéro de téléphone et l’adresse. Puis je suis parti dans les îles, à Naxos, arrivé en ville de bonne heure. Suis allé aux toilettes, un mec a voulu me soutirer dix drachmes, mais je n’avais sur moi que des marks allemands, si bien que je lui ai donné ma Swatch. Ai acheté du pain, du lait, une carte, et me suis mis en route. Ai vu plein d’ânes. À la tombée de la nuit, j’avais traversé la moitié de la ville. Suis arrivé à un site archéologique et j’ai perdu le sentier que je suivais. Me suis envoyé en l’air en regardant le coucher de soleil. Comme c’était chouette, me suis dirigé vers l’eau et j’ai rencontré un type qui avait plaqué Camden. Lui ai demandé où était Jaime. Il m’a répondu soit à Skidmore, soit à Athènes, mais pas à Berlin. Ensuite je suis allé en Crète, où j’ai sauté une fille. Puis à Santorin, très beau mais plein de touristes. Ai pris un bus vers la côte sud, suis allé à Malte et j’ai été malade. Commencé de faire du stop. Ensuite retour en Crète où j’ai passé une journée sur cette plage pleine d’Allemands, à nager. Ensuite j’ai encore marché. En Crète je n’ai rien fait d’autre que marcher. Je ne savais pas où j’étais. Il y avait des touristes partout. Je suis donc allé sur une plage de nudistes. Me suis déshabillé, ai mangé du yaourt, et nagé avec ces deux types yougoslaves qui se plaignaient de l’inflation et voulaient me convertir au socialisme. 

[…]