Poésie

OBSERVATIONS

COLD WORLD

Le spectacle infini de la misère globale
Est diffusé en boucle sur des écrans à LED.
Depuis que j’ai huit ans, j’appelle les gens à l’aide
Mais je ne parviens pas à être original.

Le monde est un bordel primaire et intégral
Dont l’image est transmise par des informations ;
Je n’y trouve vraiment aucune inspiration.
Je devrais juste faire un peu d’art minimal,

Ça me soulagerait le cerveau deux secondes,
J’aurais la sensation d’étrangler la Joconde,
Ou de faire un reset sur la planète entière.

Je serais dans la joie de nier l’existence,
J’aurais une raison pour partir en vacances,
Et je m’envolerais sans regard en arrière


ROUTINE

Tous les soirs je descends faire ma ballade au parc
Tel un vrai petit vieux qui n’a plus de famille ;
La liberté ressemble à une grosse arnaque.
L’orang-outan est calme entre ses quatre grilles.

J’y croise un florilège de types bien cramés
Par les années perdues à essayer de vivre
Qui titubent en grognant entre les contre-allées,
Sans amour à ruiner ni victime à poursuivre.

Alors je les observe avec mes belles chaussures :
Aspirent-ils encore à un meilleur futur ?
La question est perverse ; j’en reste bien conscient.

Je n’y peux rien je suis né dans un « état social »,
L’heure de la soupe approche. Je retourne au bocal.
Moi, la vie me dézingue spirituellement.


PROMENADE

Pris par un tourbillon de pensées angoissantes,
Je scrute dans la ville les traces de vie, absentes ;
Je vois des PMU où des migrants furtifs
Usent leurs maigres salaires dans des paris sportifs.

Dans un fast-food américain,
J’imagine mes intestins flasques.
Je balaie d’un revers de main
Des miettes de pain fantasques.

Des tas de silhouettes, ou bien, demi-fantômes ?
Glissent leurs doigts boudins sur des écrans. Les hommes
N’existent plus vraiment. Je déchire l’emballage
D’un burger en plastique débordant de fromage.

À l’entrée du shopping-center,
Boutiques à ongles, coiffeurs, soutifs,
Je ne rigole, ni ne pleure,
Je suis neurovégétatif.


GÉOMÉTRIE

L’amour est compliqué pour les filles à papa
Qui se font déflorer par une paire de doigts
Le jour de leurs quinze ans à l’arrière d’un buisson
Par un oncle pervers ou un très beau garçon.

Je préfère la douceur des sombres orphelines
Dont le père s’est enfui dès la phase utérine,
Léguant en sa mémoire un gouffre ravageur
Qui repousse pierrots et manipulateurs.

Les jeunes héritières précipitent un mariage,
Poursuivent une carrière, poussent des cris de rage
Sur des progénitures douées d’intelligence
Qui rayent la voiture pendant les grandes vacances.

Les filles à l’abandon taisent leurs cicatrices,
Pratiquent tour à tour la passion, et le vice,
Puis, flétries par l’amour qu’elles n’ont pas reconnu,
S’éteignent oubliées dans un soupir ému.

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