O.V.N.I.S.

4 min. lec.
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Le théâtre des opérations, Maurice G. Dantec, 1999
Manuel de survie en territoire zéro — Été 1999

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vive discussion il y a quelques jours avec un Français ultrarationaliste, ami de Roland W., écrivain de science-fiction, au sujet de la vie extraterrestre et des ovnis. Quitte à me discréditer complètement aux yeux de l’intelligentsia française autant le dire tout de suite : je ne vois nullement ce qu’il y a de « rationnel » à se croire seuls dans l’univers, ou à penser a priori impossible que des civilisations extraterrestres aient pu visiter notre planète et son espace proche au cours des siècles passés, et encore aujourd’hui.

Les explications sociopsychologiques des universitaires orthodoxes n’y changeront rien : aucun fantasme, même collectif, ne suscite d’échos radars, ni ne s’imprime sur la pellicule d’un film ou la bande magnétique d’un caméscope. Aucune créature fantastique imaginaire n’apparaît aux pilotes de ligne lorsqu’ils témoignent de cigares lumineux orange volant à haute altitude, avec des accélérations et des moments cinétiques tels qu’aucun objet connu, artefact ou phénomène naturel, ne peut en produire. Des lumières jaunes très violentes volant en troupeau dans le ciel soviétique et qu’aucun chasseur n’a jamais pu approcher, parce que alors que les Mig venaient vers elles à environ 2 000 km/heure les formes lumineuses sont reparties vers la stratosphère à des vitesses dix fois supérieures, atteintes en l’espace de quelques fractions de seconde, sont signalées à la fois par les pilotes et par une chaîne de stations radars. Non, il ne s’agit pas de « ballons-sondes », ni d’« observations de Vénus ou de Mars », ni de « fantasmes nés du stress de la vie moderne », il s’agit tout simplement de nos voisins, encore timides, et sans doute désireux de ne pas influencer trop brutalement une civilisation encore balbutiante.

Il me semble tout à fait crédible qu’une fois le pied mis sur Mars, et la planète sur la voie de l’unification politique, l’homme sera admis plus ou moins rapidement dans le club des civilisations galactiques, et qu’alors toute la portée des mensonges nihilistes « rationalistes » apparaîtra au grand jour, en suscitant au mieux une moue d’indifférence.

On peut imaginer le scénario suivant : les civilisations galactiques (celles maîtrisant les technologies de navigation interstellaire) sont dotées d’organes politiques et juridiques leur interdisant d’entrer ouvertement en contact avec des civilisations ne maîtrisant pas ces technologies.

Or, ces technologies, il se trouve que c’est précisément au XXe siècle que l’homo sapiens commence à s’en doter : fusion nucléaire, astronautique, théories relativistes et quantiques, sciences de l’information, génétique et biologie du cerveau, nous sommes tels les premiers hommes apprenant à se servir du feu, mais encore bien loin de la métallurgie.

Suis-je définitivement allumé aux mystifications new age, comme le prétendent certains, ou ces mystifications ne naissent-elles pas plutôt lorsque le rationalisme forcené et anthropocentriste de nos sociétés poussent certains d’entre nous au suicide, qu’il soit physique ou intellectuel ?

Ai-je prétendu une seule seconde croire en un vaisseau caché dans je ne sais plus quelle comète et que l’on pourrait rejoindre en avalant la dose prescrite de cyanure ?

Est-ce que je me prétends en contact, télépathique ou autre, avec des entités venues de l’espace ? Ou avoir été enlevé par une soucoupe volante ?

Ai-je créé une secte ? Est-ce que je propage l’idée que cette « vérité » m’aurait été « révélée » de quelque manière que ce soit ?

Non, je me contente de dire ce qu un nombre croissant de scientifiques disent de par le monde : nous ne sommes pas seuls, attendons-nous à avoir pour de bon de la visite, un de ces jours.

Argument classique des prétendus « sceptiques » (ce sont eux qui ont la Foi, l’ancienne Foi en un monde humain unitaire) : pourquoi le gouvernement US cacherait-il durant si longtemps un tel secret, et surtout comment ?

Le comment prendrait trop de place ici et maintenant, mais le pourquoi peut être abordé par une simple perspective : celle des origines de la guerre froide.

Lorsque l’ovni de Roswell finit sa course entre les mains des scientifiques de l’armée américaine, il est d’abord pris pour un engin expérimental soviétique, avant que les experts ne rendent leur verdict : artefact technologique non humain. C’est à ce moment-là je crois que les autorités en charge de l’objet prennent une décision lourde de sens, et de conséquences : cette technologie venue de l’espace ne doit en aucun cas tomber aux mains des Soviétiques, ni même parvenir à leurs oreilles. Son existence même est le secret le plus secret de tous les secrets. Elle est encore plus secrète que le projet Manhattan, l’incident n’a jamais existé, il doit disparaître de la mémoire des hommes.

Plus de mille pages de rapports vont alors être dépensées par les autorités militaires US pour faire avaler la fameuse histoire du ballon-sonde expérimental de l’Air Force ! Pendant cinquante ans et plus, des générations de bureaucrates du renseignement vont se repasser le bébé, avec pour charge de rajouter à chaque fois un voile de brouillard autour des faits.

Jamais sans doute le siècle, pourtant peu avare en la matière, n’aura connu une telle manipulation de l’information ; mais cette « opération noire » du gouvernement US suscite une telle paranoïa active qu’il ne peut plus jouer que de la formidable explosion des images et des vérités en cours aujourd’hui : en gros, lorsque le ET-gate pétera à la face de telle ou telle génération de politiciens du XXIe siècle, plus personne en fait n’en aura rien à foutre, et ils pourront aisément rejeter la faute sur leurs prédécesseurs d’un autre siècle, définitivement révolu.

Le problème de la vérité, c’est quelle est incroyable.

Le second problème de la vérité, c’est quelle peut passer complètement inaperçue.

Ne pas croire que nous sommes seuls. Ni même importants. Autour de nous, dans cette simple et unique Voie lactée, des milliers de civilisations se sont déjà élancées à l’assaut de l’espace intersidéral, des guerres stellaires se mènent en ce moment même, des formes de vie et des idées se combattent sans merci, illustrant l’éternel retour de la sélection naturelle, nous ne sommes pour l’instant qu’un point minable sur une carte de la Galaxie, une vulgaire tribu sortant tout juste de la préhistoire, et pour le dire franchement, à bien des égards, avec nos doctes lunettes et nos certitudes bardées de diplômes, nous pétons bien plus haut que notre cul : à un mètre du sol.

Tous les hommes, de tout temps, ont partagé ce syndrome : se croire seuls et uniques représentants de l’espèce.

Inuit ou Cheyennes, ou bien Apaches, Aborigènes australiens ou Bédouins des déserts arabiques, nomades ouralo-altaïques ou pasteurs des hauts plateaux de l’Est africain, tous, ou à peu près, se sont intitulés « hommes » ; pour un Cheyenne ou un Apache le nom de sa tribu et celui de l’humanité se confondaient, c’était aussi le cas des précolombiens et de bien d’autres, jusqu’à notre civilisation planétaire balbutiante qui croit encore avec ferveur que l’« homme » terrestre est une espèce unique et non reproductible à l’échelle galactique.

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